J'ai été un peu plus silencieuse ces derniers temps parce que mon quotidien d'infirmière a été particulièrement intense, et que ma vie personnelle a traversé ses propres orages.
J'ai dû regarder en face des visages que je croyais bienveillants et qui se sont révélés d'une grande hypocrisie. Mes propres Lunes de la trahison ces espaces en moi qui luttent pour ne pas s'oublier, pour rester fortes à tout prix, ont été profondément chahutées.
Face à la méchanceté et à la déception, j'aurais pu rugir. Mon ascendant Lion avait le feu aux poudres. Mais j'ai choisi de faire alliance avec mon signe du Poisson, cette eau profonde et mystique qui m'habite. Je n'abandonne pas ma rébellion, loin de là ! Être rebelle, ce n'est pas seulement donner des coups de griffe ou envoyer des punchlines cash. C'est aussi oser la vulnérabilité, le romantisme et la poésie dans un monde qui s'assèche.
Pour aujourd'hui, je choisis donc de laisser parler cette autre part de moi, tout aussi authentique : mon côté romantique, poétique, celui qui croit à la magie des rituels simples et à la beauté des silences.
Le texte qui va suivre, je l'ai écrit (ou plutôt, il m'a traversée) lors de mes moment de repos disséminés. J'y ai réfléchi pendant mes trajets entre deux patients (certains sont à 40 mn de route cela laisse le temps de réfléchir).
Je dédie ce texte pour toutes les femmes qui, comme moi aujourd'hui, se tiennent devant le portail de leur propre vie, fatiguées de porter des manteaux trop lourds.
Le conte de la gardienne du seuil
On raconte que certaines femmes ne vieillissent pas. Elles changent simplement de royaume.
Personne ne connaît son véritable prénom. Dans les villages, on la surnomme la gardienne du seuil.
Les enfants disent qu'elle apparaît lorsque quelqu'un est sur le point de devenir enfin lui-même. Les adultes, eux, prétendent que ce ne sont que des légendes. Pourtant, ils évitent tous ce jardin à la tombée du jour.
Elle n'est pas arrivée devant ce portail par hasard. Pendant des années, elle a porté les manteaux des autres. Celui de la femme parfaite, celui de la soignante qui rassure, celui de celle qui ne dérange pas. Celui de celle qui sourit même quand son cœur ressemble à une maison après l'orage.
Un matin, elle les a déposés un à un, pas avec fracas avec une infinie tendresse. Le portail s'est alors ouvert, il n'était pas une porte vers un autre monde, il était une porte vers elle-même.
Les feuilles géantes qui l'entourent ne sont pas de simples plantes. Chacune est un ancien "tu devrais". Elles ont tellement grandi qu'elles auraient pu l'étouffer. Au lieu de cela, elles sont devenues son abri car lorsqu'on cesse de lutter contre son histoire, elle finit parfois par fabriquer notre forêt.
Les planètes ne tournent pas autour d'elle, elles dansent avec elle. Chacune représente une version d'elle-même qu'elle croyait avoir perdue : la petite fille qui riait trop fort, l'adolescente qui rêvait sans permission, la femme qui osait aimer sans demander la validation du monde. Elles ne sont jamais parties, elles attendaient simplement qu'on les invite de nouveau dans la ronde.
Les lignes dorées qui traversent le ciel dessinent les chemins empruntés par toutes les décisions courageuses. Chaque fois qu'un être humain choisit la vérité plutôt que la peur, une nouvelle ligne apparaît dans le ciel. Elle les voit toutes, c'est pour cela que son regard regarde un peu plus loin. Là où les possibles commencent.
La lumière derrière elle n'est pas un soleil, c'est la somme de toutes les fois où elle s'est relevée. Elle ne brille pas malgré ses cicatrices, elle brille à travers elles. Elle a enfin posé ce qui pesait trop lourd.
Elle attend, non pas pour être admirée mais pour accueillir celles qui arriveront un jour devant ce même portail, les poches pleines de doutes et le cœur cabossé. Elle leur sourira comme si elle les connaissait depuis toujours et dira simplement :
" Tu n'as pas besoin de devenir une autre femme pour entrer ici. Tu as seulement besoin de cesser de quitter celle que tu es."
Accueillir le cœur cabossé
Si toi aussi, ces derniers temps, tu as vu des masques tomber autour de toi. Si tu te sens fatiguée de devoir prouver ta valeur, de devoir être forte, de devoir "gérer". Je t'invite à faire une pause avec moi au frais. Pose tes manteaux de protection. Autorise toi la douceur envers toi, c'est là, dans cette vulnérabilité que réside ta véritable magie.
Prenons soin de nos forêts intérieures. Nos cicatrices ne nous éteignent pas, elles dessinent notre propre lumière. On n'est pas des licornes, mais on brille quand même.
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